Nicholas Haque
Nous sommes aujourd'hui à l'Assemblée nationale du Sénégal, à quelques centaines de mètres seulement du Palais de la République, où réside désormais l'un de vos plus proches alliés et amis, le président Bassirou Diomaye Faye. Vous n'étiez pas seulement des alliés politiques. Vous étiez des amis. Vous avez été emprisonnés ensemble. Lorsque vous n'avez pas pu vous présenter à l'élection présidentielle, c'est vous qui l'avez personnellement désigné comme candidat de remplacement. Il est ensuite devenu président de la République et vous a nommé Premier ministre. Il y a seulement quelques mois, il déclarait publiquement que s'il n'y avait plus de confiance entre vous, il s'en séparerait. Peu après, il vous a relevé de vos fonctions de Premier ministre. Qui a rompu cette confiance ?
Ousmane Sonko
Il n'a jamais été question d'un problème de confiance. Ce qui s'est passé ne relève pas d'une rupture de confiance. Vous connaissez d'ailleurs très bien les raisons qui ont conduit à notre séparation. Elles n'ont absolument rien à voir avec la confiance. Je préfère ne pas m'attarder excessivement sur cette séparation, car partout dans le monde, la vie politique est faite d'alliances et de séparations. Ce qui importe véritablement, c'est de comprendre pourquoi nous nous sommes séparés et comment nous l'avons fait.
Nous nous sommes séparés parce que nous avions des divergences d'appréciation concernant les engagements que nous avions pris devant le peuple sénégalais. Il s'agissait du programme. Il ne s'agissait ni des personnes, ni d'une question de pouvoir. Il s'agissait de respecter les engagements que nous avions pris devant les Sénégalais.
Mais il y a un second élément tout aussi important : la manière dont cette séparation s'est déroulée.
Dans de nombreux pays du monde, y compris dans certaines des plus anciennes démocraties, mais plus particulièrement en Afrique, les ruptures politiques sont souvent extrêmement douloureuses. Elles provoquent parfois des crises graves, des tensions majeures, voire une déstabilisation des institutions.
Ce qu'il faut retenir ici, c'est que notre séparation s'est déroulée dans le calme, dans la paix et dans le respect des institutions. Chacun de nous continue aujourd'hui d'assumer les responsabilités que le peuple sénégalais lui a confiées. Le président Bassirou Diomaye Faye a été élu par les Sénégalais pour exercer les fonctions de Président de la République. Il m'a nommé Premier ministre et j'ai exercé cette fonction pendant un peu plus de deux ans. Durant cette période, j'ai choisi de continuer à l'accompagner. Mais nos divergences ont finalement conduit à cette séparation.
Aujourd'hui, je suis revenu à la mission que le peuple sénégalais m'avait directement confiée : présider l'Assemblée nationale. C'est désormais cette responsabilité qui mobilisera toute mon énergie. Mon ambition est de faire de cette Assemblée nationale une institution forte, respectée et pleinement à la hauteur de la confiance que lui accordent les Sénégalais.
Nicholas Haque
Êtes-vous toujours amis avec le président Diomaye Faye ? Vous avez partagé une longue histoire politique. Vous avez personnellement choisi celui qui est devenu président de la République. Quelle est aujourd'hui la nature de votre relation ?
Ousmane Sonko
Pour ma part, je ne vois aucun intérêt à rester prisonnier du passé. Notre responsabilité est d'agir dans le présent et de préparer l'avenir. Je crois profondément que le destin joue un rôle dans tout ce qui arrive et que, finalement, c'est Dieu qui décide de nos chemins. Mais Dieu agit toujours à travers des moyens bien précis. Dans ce cas précis, Il m'a confié la responsabilité de choisir le candidat à l'élection présidentielle pour notre mouvement politique. J'ai choisi un homme. C'était ma responsabilité personnelle.
Mais si telle n'avait pas été la volonté de Dieu, je ne l'aurais jamais choisi.
Ce qui s'est passé pendant ces deux années peut aujourd'hui être jugé non seulement par le peuple sénégalais, mais également par le reste du monde. Ce qui compte désormais, c'est que cette séparation se soit produite dans les conditions les plus pacifiques possibles.
L'avenir appartient aux Sénégalais. C'est à eux, et à eux seuls, de décider à qui ils souhaitent confier la direction de leur pays.
Nicholas Haque
Aujourd'hui, beaucoup de Sénégalais se posent une question très simple. Qui dirige réellement le Sénégal ? Est-ce vous, en tant que président de l'Assemblée nationale ? Ou est-ce le président Bassirou Diomaye Faye, installé au Palais de la République ?
Ousmane Sonko
Non, Nicholas. Je ne pense absolument pas que la direction du pays soit aujourd'hui une question. Dans un État organisé, où les institutions fonctionnent normalement, il ne peut pas y avoir de confusion sur les responsabilités de chacun. Chaque institution exerce les compétences que lui attribue la Constitution.
Sur le plan opérationnel, le Président de la République définit les grandes orientations de la politique nationale et les met en œuvre à travers le Gouvernement. L'Assemblée nationale, quant à elle, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques.
Sur le plan juridique, le Président signe les décrets. L'Assemblée nationale vote les lois.
La répartition des responsabilités est parfaitement claire. Il n'existe donc aucune confusion institutionnelle. La confusion que certains cherchent à entretenir est entièrement artificielle. Les institutions sénégalaises fonctionnent conformément à la Constitution et chacune exerce pleinement les responsabilités qui lui sont confiées.
Source : Ma revue de presse






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